SERRURERIE : HISTOIRE ET DEFINITION
Le plus vieux métier du monde
De tous temps, lhomme a voulu protéger ses
biens ou des êtres qui lui sont chers. La sécurité a probablement
été la première considération de lhumanité.
Les hommes des cavernes utilisaient de lourdes pierres pour protéger
leur logis contre les intrus ou les bêtes sauvages. Bien que cette pratique
ait pu se révéler efficace sous langle de la protection, son
succès était loin dêtre garanti en cas dincendie,
heureusement peu fréquent du fait de la nature de la construction. Pas
facile déchapper à un danger quand vous devez, pour cela,
déplacer une lourde pierre !
Peu pratique, cette solution rudimentaire
fit place aux branchages entrelacés, puis aux rondins de bois. Perfectionnant
l'outil, l'homme assemble des planches pivotant autour de pivots en bois : c'est
la naissance de la porte.
Cette première porte, n'importe qui va pouvoir
l'ouvrir : elle ne se bloque pas de l'intérieur. Pour assurer la tranquillité
de son être et la protection de son avoir, de son bien, l'homme invente
le verrou. Il place dans deux encoches pratiquées dans l'huisserie une
espèce de barre de bois, qu'il faut à chaque fois soulever du sol.
Afin de ménager sa peine, l'idée lui vient de faire glisser cette
barre sur des coulisseaux, d'en limiter la course et d'en empêcher la chute.
Pour ouvrir ou fermer de l'extérieur, il perce la porte de part en part
et fait passer une lanière qui, fixée à la barre, l'actionne
du dehors.
Toujours inventif, l'homme décide de passer un outil
au travers de cette porte afin d'assurer le fonctionnement de ce verrou élémentaire.
Cette broche est la mère de la clé d'aujourd'hui.
Ces premiers
verrous ne sont pas sûrs : il est facile de les faire coulisser par le jour
qui existe entre le corps de la porte et ses montants. Apparaît alors la
cheville mobile de bois qui, en retombant sous l'effet de son propre poids, assure
la condamnation du mécanisme. C'est le premier système de verrouillage,
et la naissance de la première serrure. Cette cheville pouvait être
actionnée par la dent d'une broche, elle-même capable de mouvoir
la barre. C'est la fameuse "chevillette" du conte de Perrault, et le
conseil du loup au Petit Chaperon Rouge : « tire la chevillette et la bobinette
cherra »...
l'homme découvre la clé.
La serrure égyptienne s'ouvre avec une clé de bois ou de bronze en forme de "L". Deux dents cylindriques dirigées vers le haut, convenablement écartées afin de s'adapter aux chevilles, correspondent à l'épaisseur du pêne.
Les Hébreux
améliorèrent ce type de clé en dotant le système de
plusieurs chevilles de hauteur différente et de saillies qui multiplièrent
les possibilités de sûreté suivant un principe mathématique
: c'est le principe même de la clé d'aujourd'hui, avec ce qu'on appelle
le tableau de taillage. Il suffisait, pour ouvrir du dehors, d'enfoncer la clé
dans les trous du pêne puis de la tirer latéralement, pour entraîner
celui-ci.
On retrouve cette clé hébraïque sur les bas-reliefs
du temple d'Amon, à Karnak, quatre mille ans avant notre ère. Les
serrures africaines encore utilisées pour fermer les greniers à
mil de Mopti au Mali ou de Bobo-Dioulasso au Burkina Fasso sont également
conçues sur ce même principe.
En transformant le mouvement latéral
de la clé en une rotation, le serrurier d'alors invente un geste encore
familier : donner un tour de clé.
Les orientaux de leur côté utilisaient des clés ressemblant à une sorte de faucille. Plutôt encombrantes, elles devaient être portées sur l'épaule...
Les romains avaient le goût de l'ordre. Leurs portes étaient ajustées au millimètre. Leur technicité de l'articulation et de la fermeture approcha de la perfection : gonds en bronze et paliers cannelés...
Les premiers cadenas
Il sont destinés à fermer les coffres-forts
en bois dur d'olivier furent également utilisés pour entraver les
nombreux esclaves de leurs chaînes.
Les cadenas à ressort interdirent
également l'entrée des demeures aux malfaiteurs mais, vulnérables,
on les remplaça par des serrures de type hébraïque auxquelles
fut ajouté un ressort de rappel. Lorigine du terme cadenas est «
caténa » qui, en italien, signifie chaîne. Le mot désignait
alors les deux morceaux de chaîne et la petite serrure mobile qui les réunissait.
Dans les palais Romains le « caténa » servait à fermer
un petit
meuble destiné à protéger les couverts de table
; en effet, à lépoque lon craignait beaucoup lempoisonnement
par le curare que lon pouvait déposer sur les couverts à linsu
de leur propriétaire.
A cette époque, l'ouverture ou la fermeture
des serrures romaines nécessitait de gros efforts pour actionner la clé
de deux mouvements rectilignes, l'un pour décondamner le pêne (verticalement),
l'autre pour actionner le pêne (horizontalement). Montée sur une
bague, et portée à l'index ou au médium, la clé permettait
en fermant le poing de fournir des efforts très supérieurs à
ceux délivrés par le pouce et l'index. Appelée «signum»,
cette bague-clé permettait dactionner le verrou et dapposer
également une empreinte - un sceau - sur un cachet de cire. Mari et femme
avaient chacun une bague-clé identique pour ouvrir la porte de la demeure
conjugale. Cest peut-être là l'origine de l'alliance que portent
encore aujourd'hui les époux, symbole de partage, d'union et de fidélité
Le
serrurier de l'époque, travailleur du fer, jouit d'un important privilège
: intégré dans l'armée, il n'est pas un soldat comme les
autres. Tenu à l'écart pendant la bataille, s'il est fait prisonnier,
il reste au service de l'armée victorieuse afin de poursuivre l'exercice
de son métier. Assuré d'échapper à la condition de
prisonnier de guerre, citoyen utile à tous, le serrurier romain
se voit
témoigner l'égard porté à son savoir-faire.
Dès
le 13ème siècle, Saint Louis ébauche une première
réglementation : il interdit à un serrurier de travailler la nuit,
car léclairage nest pas suffisant pour cette activité
minutieuse et lon pourrait le soupçonner de faire des fausses clés.
De même, louvrier a lobligation de faire uniquement les clés
des serrures quil a devant les yeux dans son atelier.
Clés
et serrures évoluent peu jusquau XVème siècle. Ces
siècles rudes bâtissent de larges murailles, des ponts-levis et garnissent
les portes de serrures pesantes, dénormes serrures. La force prime.
Ce
nest quavec la Renaissance que la clé senrichit, quon
laffine, telle une oeuvre de dentellière.
Au 16ème siècle,
François 1er crée un véritable statut du serrurier. En cas
de perte dune clé, louverture dune porte ne peut seffectuer
quen présence du maître des lieux. Les textes prévoient
également de lourdes sanctions en cas de fraude. Un faussaire peut ainsi
être pendu et lécriteau "Crocheteur de portes" est
alors accroché sur le gibet.
Pour sa part, Henri II autorise les jurés
de métier à visiter des établissements et magasins pour vérifier
quils nabritent pas des ouvriers se livrant à des pratiques
de "déguisement" des clés et des serrures.
En demandant
à son serrurier Antoine ROUSSEAU de lui réaliser des serrures avec
une clé qui « passe par toutes » le même Henri II inventait
le passe partout. Cette innovation lui permettait de rentrer à sa guise
dans les appartements de sa maîtresse Diane de Poitiers au château
dAnet
1645, début de lhistoire de la serrurerie française.
La serrurerie acquiert
ses lettres de noblesse à partir du XVIIème siècle.
Cest
lépoque ou lartisan serrurier était le seul maître
de son art, le «quatrième Art » libéral après
la peinture, la sculpture et la musique, selon les règlements corporatifs
édictés en 1650, sous le règne du Roi Soleil.
Les premiers
ateliers de serrurerie voient le jour sous le règne de Louis XIV : cest
en 1645 que lon situe lorigine de JPM (société membre
de lObservatoire de la Sécurité) - probablement latelier
de serrurerie le plus ancien encore en activité aujourdhui- lorsquun
horloger du nom de JP MAQUENNEHEN décida de sétablir en Picardie.
Allemand, flamand ou écossais selon les auteurs, et faute de réussir
à vendre ses horloges aux bourgeois du pays, il décida dinstaller
à Escarbotin le premier atelier de serrurerie dont le succès fit
des émules. Et cest ainsi que la région du Vimeu , en Picardie
devint le berceau de lindustrie de la serrurerie contemporaine... Cette
région abrite aujourdhui encore plusieurs entreprises et elle apparaît
toujours comme le fief de la serrurerie en France.
Une riche période
décorative se développe sous Louis XV et Louis XVI, le roi serrurier.
Témoins les nombreux chef-doeuvre rassemblés par quelques
collectionneurs privés.
Le 18ème siècle voit léclosion
de nombreuses entreprises de serrurerie, dont la marque prestigieuse a traversé
les siècles. Picard est par exemple né en 1721, Fontaine en 1740,
Laperche en 1788. On se souvient aussi de la passion de Louis XVI pour cette industrie
dont il a dailleurs favorisé le développement.
Au 18ème
siècle encore, les Anglais BARRON et BRAMAH firent beaucoup évoluer
la technique de la serrure : en 1784, Joseph BRAMAH miniaturise la clé
et les gorges quil rassemble dans un organe distinct rapporté sur
le coffre de la serrure. Le « canon » ou « cylindre »
était né.
Avec les premières machines à vapeur
et le procédé de la fonte malléable, le XIXème voit
lavènement dune industrie naissante qui veut toutefois respecter
la tradition des Maîtres serruriers. Mais le changement est en marche. Le
mouvement samplifie notamment avec la création de Fichet (1825),
Debeaurain (1830), Vachette (1864), Bezault (1870), et Stremler (1896).
La
révolution industrielle saccélère au début de
notre XXème siècle qui voit arriver lélectricité
dans les ateliers. Le métier se transforme et dans la 2ème moitié
du XXème la tendance se poursuit avec les nouvelles technologies.
Lélectronique
et linformatique vont rapidement simplanter et donner naissance à
de nouveaux marchés comme le contrôle daccès ou des
issues de secours, et à de nouvelles méthodes dusinage comme
le laser.
Ainsi, depuis lantiquité, la serrure sest beaucoup
diversifiée et a subi de nombreuses évolutions techniques. De nouvelles
fonctionnalités sont apparues, pour tenir compte de lévolution
de notre cadre de vie et de nos besoins. Pourtant, ce sont les mêmes valeurs
fondamentales que recherche utilisateur et qui continuent à caractériser
la serrure daujourdhui, et vraisemblablement celle de demain : protection
des biens, sécurité des personnes, et confort dutilisation.
La forme change mais le fond demeure.
Après la seconde guerre mondiale,
la profession a connu une période faste, accompagnant la reconstruction
du parc immobilier et le développement économique. En revanche,
elle a été affectée par la récession dans les années
80 et 90. En France, lindustrie de la serrurerie, de nouveau en croissance,
pèse près de 500 millions dEuros en France. Elle est en pleine
période
de concentration, notamment sous linitiative du groupe suédois ASSA
ABLOY, son leader mondial.
La symbolique de la clé.
La
symbolique de la clé prend racine dans l'ancienneté de ses origines,
dans le caractère fondamental des aspirations auxquelles répond
son invention, puis son usage. Signe de droit, signe de sécurité,
signe de communication, la clé est un symbole fort aussi bien au niveau
du langage qu'à celui de la peinture ou de la sculpture. Le geste par exemple,
de la remise des clés, manifeste autant l'acte d'allégeance d'une
cité que l'acte de transfert d'une propriété.
La clé, signe de droit.
Droit de régner, droit
de posséder, droit d'agir, dexister
Les dieux des civilisations
antiques détiennent les clés des Portes du Jour qu'ils ouvrent à
chaque retour de l'aube. Les divinités souterraines ont également
pouvoir sur l'accès au redoutable Hadès. Janus, avec ses deux faces,
exerce sa puissance divine sur les portes de la ville, de la demeure, de l'année.
Janvier,
qui ouvre l'année, lui doit son nom. Tout comme le "janitor",
le portier anglais.
Le maire présente au suzerain ou au notable en visite
les clés de la ville.
Ce geste revêtit un ton plus pathétique
lorsque les Bourgeois de Calais, en chemise, corde au cou et clé de la
ville en mains, rendirent la cité à Edouard III d'Angleterre.
Le
pouvoir des clés cest le droit de lier ou délier, cest
à dire dabsoudre ou de condamner accordé par Jésus
aux apôtres. La Bible donne à la clé son sens le plus spirituel
avec la promesse du Christ à Pierre : "Je te donnerai les Clés
du Royaume des Cieux". Les clés de saint Pierre délèguent
au peuple élu le pouvoir de Javeh.
Au 18ème siècle les
clés des chambellans, chargés du service de la chambre de nos souverains,
était la marque honorifique et distinctive de leur dignité.
Dans
le droit ancien, « laisser ses clés à la justice » signifiait
que lon cédait ses biens à ses créanciers.
De nos
jours la pratique commerciale du "clés en main" permet au promoteur
immobilier comme au vendeur de voitures de symboliser le transfert de propriété.
La
clé, signe de sécurité.
Le propriétaire
calme son inquiétude en mettant un objet sous clé, gage de sécurité.
De même, dans l'éducation d'antan, la sécurité de l'autorité
parentale s'affirmait-elle en enfermant à clé un enfant dans sa
chambre. La maîtresse de maison porta longtemps à sa ceinture le
trousseau de clés, preuve de sa vigilance matriarcale et rappel à
l'obligation alimentaire de l'époux. La veuve médiévale se
libérait des dettes du mari en plaçant une clé sur le cercueil
du conjoint décédé.
Au temps des villes fortifiées
on a fermé à clé les portes des murs d'enceinte afin de permettre
aux citadins de dormir en paix.
La clé dans le dos a même encore
de nos jours une valeur thérapeutique dans le soin du hoquet.
La clé, signe de communication.
La clé désigne
aussi ce qui permet de comprendre, d'interpréter : avec «la clé
du problème », «la clé du mystère », nous
pourrons ainsi découvrir une vérité cachée. Tout comme
dans ces "romans à clés" qui posent au lecteur curieux
d'impertinentes devinettes sur lidentité réelle des personnages.
La "clé des songes" devrait nous permettre quant à elle
d'interpréter les messages du subconscient au conscient. Et «la clé
des champs » nous donner la liberté daller où nous voulons.
La
clé désigne ce dont dépend le fonctionnement de quelque chose
: ainsi les "industries clés", comme l'automobile ou le bâtiment,
dont notre pays est dépendant économiquement. La clé c'est
également l'outil qui sert à serrer les écrous : "clé
de 12, ou de 14..." La clé c'est encore la prise immobilisante de
judo ou de lutte. En musique, « la clé de sol » (ou de fa,
ou d'ut) désigne le signe placé au commencement de la portée
pour indiquer l'intonation. La clé c'est aussi ce qui commande les trous
du tuyau d'un instrument à vent ;
En architecture, la "clé
de voûte" est la pierre centrale dune voûte ou dun
arceau et qui, placée la dernière, maintient toutes les autres.
Cest aussi le point essentiel sur lequel repose un système ou une
théorie.
Noblesse du métier manuel.
La
serrurerie est le triomphe du métier manuel, le lien entre lesthétique,
linvention mécanique et les valeurs de vie : lêtre et
lavoir, la sécurité de son existence et la protection de son
bien.
Elle sest exprimée depuis lorigine des temps par ces
artistes que lon appelle «artisans » et bien avant que les maîtres
serruriers ne reçoivent leurs statuts des rois. Nombreux sont ceux qui
lui apportèrent ses lettres de noblesse, quil sagît de
grands ouvriers comme «le bon saint Eloi », devenu le patron des serruriers
; ou damateurs passionnés comme Charles IX,
Louis XIII ou Louis
XVI dont lépouse, Marie Antoinette, se désespérait
de le savoir aux feux de la forge plutôt quà dautres
divertissements...
Les corporations et le compagnonnage.
Lhomme,
être social, tend à lassociation. Lexercice dun
métier, surtout lorsque celui-ci est aux frontières de lart,
conduit les artisans à se grouper.
L'effort de groupement dont dérive
aujourd'hui le syndicat - ouvrier, patronal ou professionnel -, remonte aux quartiers
corporatifs de Rome, aux réunions confidentielles des architectes de la
pierre sous les Pharaons de la XIIème dynastie. La corporation, organisme
de défense, protège simplement le savoir-faire des siens et organise
son règlement intérieur. Le compagnonnage, quant à lui, organisme
de transmission, réunit les volontaires d'une certaine éthique,
d'un idéal professionnel, détenteurs d'une voie de progression tenue
secrète. Les serruriers, premiers venus de l'artisanat organisé,
eurent très tôt leurs corporations et leurs fraternités de
compagnonnage.
La corporation, creuset du savoir-faire.
A
mesure que leurs règles se précisent et que certaines pratiques
du métier se trouvent ordonnées, les confréries et guildes
vont se transformer en corporations. Estienne Boyliaue codifia, le premier, les
règlements des serruriers.
Les "jurés" devaient visiter
fréquemment les ateliers avec le droit d'examiner les matières premières
et les objets en cours de fabrication. Si une serrure était jugée
défectueuse, elle était "cassée". L'ancêtre,
en quelque sorte, de notre système moderne d'audit qualité et de
la certification aux normes ISO 9000...
La fabrication de fausses clés,
appelées "clés corrompues", entraînait des peines
sévères. De même les serruriers devaient refuser d'exécuter
des clés d'après empreinte. Un règlement tombé malheureusement
en désuétude aujourdhui
Le maître ne pouvait
prendre chez lui les valets d'un confrère ; ceux-ci se louaient à
la semaine, au mois, à l'année. Ils devaient être "capables
et de bonne conduite". Ils juraient de bien travailler, d'obéir au
règlement du métier, et de dénoncer les contraventions qui
se commettaient, même s'il s'agissait de leur maître. L'apprenti de
son côté, vivait avec le maître et sa famille. En cas de mauvais
traitement, il pouvait porter plainte auprès du
juré. Si lui-même
se conduisait mal, il était banni au bout d'un an. Tous les membres du
métier, donc de la corporation, faisaient partie de la confrérie.
Celle-ci apparaissait ainsi comme une société dentraide, secourant
les orphelins, les vieillards, subvenant aux frais de mariages et de funérailles.
Ses caisses sont alimentées par les dons et les cotisations.
On nest
pas si loin de notre actuelle sécurité sociale !
Les compagnons, une fraternité et un idéal.
Le
compagnonnage, tel qu'il existe encore aujourd'hui, est peut -être l'une
des dernières institutions encore vivantes de la France monarchique. Cette
forme dassociation ne se contente pas de défendre et dorganiser
le métier, elle lui donne une finalité et une valeur particulières.
Ce groupement ouvrier multiprofessionnel, voué au perfectionnement des
travaux, de létat du travailleur, de son esprit et même de
son âme, est lancêtre de tous les mouvements populaires qui
régissent le monde du travail.
Lhistoire attribue à des
bâtisseurs de cathédrales la première anecdote dorigine
(XIIème siècle). Elle illustre de façon lumineuse la différence
de niveau entre le simple membre de la corporation, qui fait son travail pour
gagner sa vie, et le compagnon qui donne à son travail une motivation plus
haute :
Trois tailleurs de pierre travaillaient sur le chantier dune
cathédrale.
Interrogés sur leur tâche, ils répondent
:
- lun : « je gagne ma vie »
- lautre : «
je taille une pierre »
le troisième, compagnon : « je construis
une cathédrale »

